Une modification stratégique pour l’aménagement breton
La modification n°2 du Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires a constitué l’un des grands débats de la séance. Présentée par Michaël Quernez, André Crocq, Laurence Fortin et Ronan Pichon, elle actualise le document régional sur le climat, l’énergie, le foncier, les déchets, la biodiversité et l’agriculture. Il est d'ailleurs possible pour les citoyens de suivre ces échanges dans l'hémicycle; pour en savoir plus, consultez notre guide pour assister au conseil régional.
La majorité a défendu une planification destinée à concilier transition écologique, souveraineté et cohésion sociale. Les oppositions ont exprimé des critiques contrastées, jugeant le texte selon les cas trop technocratique, trop peu prescriptif, insuffisamment réaliste ou trop contraignant. Cette diversité de points de vue reflète la composition du conseil régional où siègent des élus aux sensibilités politiques variées.
Foncier : une enveloppe de solidarité régionale resserrée
Laurence Fortin a rappelé que la Région avait créé une enveloppe de solidarité régionale pour les projets d’envergure régionale. L’objectif est d’éviter que les territoires accueillant des projets indispensables au développement breton supportent seuls leur charge foncière.
Cette enveloppe, initialement évoquée à 1 100 hectares, a été ramenée à 294 hectares pour la période 2021-2031 après les évolutions législatives liées au ZAN. La Région affirme avoir voulu préserver les enveloppes des territoires, une approche cohérente avec son plan de transition bas carbone qui fixe les trajectoires de la collectivité.
Déchets : réduire les besoins sans créer de suréquipement
Ronan Pichon a rappelé que la Région n’est pas l’opérateur direct de collecte ou de traitement des déchets, mais l’autorité planificatrice. Il a insisté sur la hiérarchie des priorités : éviter les déchets, favoriser le réemploi, valoriser la matière, valoriser l’énergie, puis recourir à l’enfouissement en dernier ressort.
La Bretagne reste structurellement exportatrice de déchets, notamment vers la Mayenne. Les débats ont porté sur les capacités de stockage et de traitement, les capacités dérogatoires en cas de situation exceptionnelle et la nécessité d’anticiper collectivement les investissements. Ces investissements sont un enjeu majeur lorsqu'on analyse le financement des projets locaux en France entre les différentes strates de collectivités.
Agriculture : souveraineté alimentaire et trajectoire carbone en tension
Le volet agricole a suscité les échanges les plus sensibles. Plusieurs groupes ont rappelé à la fois le poids de l’agriculture dans les émissions régionales de gaz à effet de serre et son rôle économique, territorial et alimentaire.
Hissons haut la Bretagne et le Rassemblement national ont dénoncé une trajectoire qui fragiliserait l’élevage et les filières agroalimentaires. Les Écologistes de Bretagne ont, à l’inverse, jugé la transformation du modèle agricole insuffisante. Breizh a-gleiz a défendu des amendements sur l’autonomie protéique, les capacités des milieux naturels et l’empreinte globale des productions, mais ils ont été rejetés.
Un vote final sans unanimité
Un amendement réécrit du groupe Nous la Bretagne a été adopté afin de mobiliser la Conférence bretonne de la transition énergétique autour d’un pacte énergétique breton, avec l’État et les acteurs concernés. Les trois amendements de Breizh a-gleiz ont été rejetés.
Le bordereau a été adopté par les groupes de l’exécutif. Hissons haut la Bretagne, les Écologistes de Bretagne et le Rassemblement national ont voté contre. Nous la Bretagne, Breizh a-gleiz et Christian Troadec se sont abstenus. Loïg Chesnais-Girard a défendu la nécessité d’agir avec davantage de moyens territoriaux, tout en soulignant la place de l’agriculture bretonne dans la souveraineté alimentaire, illustrée récemment par la reprise de France Poultry par LDC.
